Guieldu au II Semando Fest

Oviedo

Nous avons partagé l'affiche avec du chant traditionnel asturien poétique, du punk-rock et du hip-hop asturianiste.

Le 9 février 2024, nous avons joué dans la salle Lata de Zinc à Ovie­do (Uviéu), dans le cadre du II Seman­do Fest. C’é­tait notre pre­mier concert de l’an­née, et aus­si l’un des plus spé­ciaux, car la cause défen­due par ce fes­ti­val dépasse le simple cadre de la musique.

Affiche de la 2e édition du Semando Fest à la salle Lata de Zinc à Oviedo
Raúl Alonso et Yedra Riesgo aux côtés de Xicu Ariza

L’as­tu­rien est une langue à part entière dotée de sa propre gram­maire, d’une Aca­dé­mie de la langue, d’une tra­di­tion lit­té­raire bien vivante et comp­tant plus de 600 000 locu­teurs au sein de la com­mu­nau­té. Pour­tant, elle ne béné­fi­cie pas d’un sta­tut offi­ciel, ce qui la désa­van­tage par rap­port à d’autres langues régio­nales d’Es­pagne (comme le cata­lan, le gali­cien, le basque ou le valen­cien) qui jouissent d’un sta­tut co-offi­ciel dans leurs com­mu­nau­tés auto­nomes res­pec­tives. Lorsque nous publions notre musique sur les pla­te­formes numé­riques, il n’existe aucune caté­go­rie lin­guis­tique pour l’as­tu­rien, alors qu’elle existe pour d’autres langues co-offi­cielles. Les réseaux sociaux ne pro­posent pas non plus de tra­duc­tion auto­ma­tique de l’as­tu­rien vers les autres langues, ce qui pousse à uti­li­ser l’es­pa­gnol. De plus, lors des appels à pro­jets d’aide d’É­tat ou des concours musi­caux en Espagne, la for­mule « langues de l’É­tat » est presque tou­jours uti­li­sée, mais l’as­tu­rien se retrouve exclu de cette liste.

C’est pour­quoi une telle langue ne se pré­serve pas dans des livres pre­nant la pous­sière : elle se pré­serve en la pra­ti­quant au quo­ti­dien — au super­mar­ché, à la banque, à la télé­vi­sion et, bien sûr, à tra­vers la musique. Et c’est pré­ci­sé­ment le com­bat du Seman­do Fest.

Susana Sors, chanteuse et guitariste acoustique de Guieldu sur scène avec le groupe au II Semando Fest (2024)

Orga­ni­sé par Musicasturiana.com et Ixuxú Cultu­ra, le II Seman­do Fest s’est tenu à la salle Lata de Zinc, à Ovie­do. Ce fes­ti­val se veut une vitrine pour la jeune scène musi­cale d’As­tu­ries s’ex­pri­mant en astu­rien, tous genres confon­dus. La soi­rée a débu­té avec San­dra Álva­rez et Noemí Gonzá­lez, qui ont mêlé chant tra­di­tion­nel astu­rien (*tona­da*) et poé­sie fémi­niste, pour un résul­tat cap­ti­vant. Ensuite, Mos­tru l’Hor­ru a pris le relais avec un hip-hop enga­gé et des textes per­cu­tants. C’é­tait ensuite à notre tour de mon­ter sur scène, avant de lais­ser la place à Ochobre, dont le punk-rock astu­ria­niste a déclen­ché le pogo atten­du. Ils ont d’ailleurs invi­té notre coéqui­pier Jorge à les rejoindre sur scène pour jouer un mor­ceau au banjo.

Au premier plan Carmen Tomé, violoniste de Guieldu. Au second plan Pablo, bassiste du groupe.
Héctor jouant du low whistle pendant le concert au II Semando Fest

Les billets s’é­taient ven­dus jus­qu’au der­nier plu­sieurs jours aupa­ra­vant, si bien que nous avons joué devant une salle comble. Nous avions pré­pa­ré un set intense, réunis­sant les mor­ceaux les plus dyna­miques de notre réper­toire ; la connexion avec le public a été totale, même si l’es­pace sur scène était un peu réduit pour nous tous.

Bien que les groupes pro­gram­més soient issus de la jeune géné­ra­tion, le public ras­sem­blé à la Lata de Zinc réunis­sait toutes les tranches d’âge. Au-delà des musiques urbaines, les sono­ri­tés rock conti­nuent de séduire par­ti­cu­liè­re­ment les adultes, et cela s’est res­sen­ti ce soir-là. Depuis la scène, le contraste était sai­sis­sant : les plus âgés au fond de la salle pro­fi­taient posé­ment des concerts, tan­dis que les plus jeunes, col­lés au devant de la scène, se don­naient à fond.

Rubén, batteur de Guieldu.

Même si une grande par­tie de nos com­po­si­tions sont ins­tru­men­tales, nous avons aus­si des chan­sons inter­pré­tées, la plu­part en astu­rien. Non seule­ment parce que c’est la langue de notre terre et de la musique tra­di­tion­nelle qui nous ins­pire, mais aus­si parce que chan­ter en astu­rien, c’est chan­ter dans la langue que nous res­sen­tons comme la nôtre et qui façonne notre iden­ti­té. Et comme pour d’autres langues mino­ri­taires, elle pos­sède sa propre musicalité.

Nous avons énor­mé­ment appré­cié cette soi­rée, les pres­ta­tions des autres artistes, et par-des­sus tout le mes­sage et la démarche enga­gée qui portent le Seman­do Fest.

Vidéo et photos du concert

© Pho­tos : Leti­cia Cernuda

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